
Penser la culture autrement pour réussir les transformations
Evaluer l'"écart" plutôt que la différence (Partie 1)
octobre 2025

avril 2025
La santé au travail est devenue un enjeu stratégique pour les organisations.
Lors du premier Mini Health Summit organisé par Paperjam le 6 mai au Luxembourg, la ministre de la Santé Martine Deprez a rappelé aux entreprises que la santé au travail ne relève pas uniquement des politiques publiques, mais aussi de la responsabilité des employeurs.
Les chiffres sont frappants : au Luxembourg, 19% des certificats d’incapacité sont liés à la dépression ou à des troubles de santé mentale, 16% à des maladies ostéo-articulaires, et 37% des répondants au Quality of Work Index identifient le stress comme un facteur déclencheur de problèmes de santé mentale. Par ailleurs, 13% déclarent avoir souvent ou presque toujours rencontré des problèmes de santé au cours des 12 derniers mois. Le coût total de l’absentéisme est estimé à 1,2 milliard d’euros.
Ces chiffres confirment une réalité simple : il ne peut pas y avoir de performance durable sans santé humaine durable. Et avant que le stress ne conduise à l’absentéisme, au désengagement, au conflit ou à l’épuisement, il envoie souvent des signaux visibles dans la communication quotidienne.
C’est pourquoi apprendre à reconnaître les comportements sous stress le plus tôt possible est essentiel pour les managers, les leaders et les équipes.
On imagine souvent le stress comme quelque chose de spectaculaire : une explosion, un affrontement, une crise, une rupture.
Mais en réalité, le stress commence souvent de manière beaucoup plus discrète.
Ces comportements sont rarement anodins.
Ils disent quelque chose.
Avec la Process Communication Model®, les comportements sous stress sont observables, progressifs et souvent prévisibles.
Le modèle distingue notamment les perceptions, les besoins psychologiques et les séquences de stress associées aux types de personnalité.
La formation PCM vise, entre autres, à aider les personnes à comprendre les comportements sous stress et à adapter leur communication afin de désamorcer les tensions.
L’objectif n’est pas de diagnostiquer les autres.
L’objectif est de repérer plus tôt les signaux de mauvaise communication, afin de restaurer le lien avant que la relation ne se détériore.

D’abord, une distinction essentielle : stress positif et stress négatif
Le stress n’est pas toujours un problème.
Un certain niveau de tension peut nous mobiliser, nous rendre attentifs, nous aider à agir. C’est le stress qui donne de l’énergie avant une présentation, une négociation, un défi sportif ou une décision importante.
Le problème apparaît lorsque le stress devient négatif, répétitif ou mal régulé.
En PCM, une des causes majeures du stress est la non-satisfaction des besoins psychologiques. Lorsqu’une personne ne nourrit plus ses besoins de manière positive, elle peut chercher à les satisfaire de manière négative, souvent sans s’en rendre compte.
Par exemple :
Le comportement visible est parfois irritant.
Mais derrière ce comportement se cache souvent une batterie psychologique déchargée.

PCM décrit la mécommunication comme une descente progressive.
1er degré : le signal faible
Le premier degré est bref, parfois quelques secondes. Il apparaît de nombreuses fois dans une journée. Il indique que la communication commence à se décaler.
À ce stade, la personne n’est pas encore en conflit ouvert. Elle montre un automatisme de stress appelé “driver”.
C’est le moment idéal pour intervenir, car un simple ajustement de communication peut suffire.
L’antidote principal : offrir le bon canal de communication et la bonne perception.
2e degré : le mécanisme d’échec
Si le premier signal n’est pas entendu, la personne peut descendre au deuxième degré. Là, le comportement devient plus visible, plus répétitif, plus coûteux pour la relation.
On voit apparaître des comportements comme le sur-contrôle, la croisade, l’erreur répétée, l’attente passive, le blâme ou la manipulation.
À ce stade, argumenter sur le fond est souvent peu efficace. La personne n’a pas seulement besoin d’information. Elle a besoin que son besoin psychologique soit nourri positivement.
L’antidote principal : répondre au besoin psychologique correspondant.
3e degré : la rupture de communication
Au troisième degré, la communication utile est très faible, parfois inexistante. La personne peut être dans une forme de désespoir, d’abandon, de fermeture ou de perte de capacité relationnelle.
Dans une organisation, ce niveau doit être pris au sérieux. Il peut demander du soutien, un cadre sécurisé, une pause, voire un accompagnement spécialisé si les signes sont intenses ou durables.
L’antidote principal : sécuriser, réduire la stimulation, offrir les besoins psychologiques appropriés, puis revenir au canal de communication lorsque la personne est à nouveau disponible.

1. Stress Analyseur : du perfectionnisme au sur-contrôle
Comment le repérer ?
Au premier degré, la personne commence à sur-détailler, préciser excessivement, complexifier ses phrases ou vouloir tout verrouiller. Elle peut donner beaucoup plus d’informations que nécessaire.
Vous pouvez entendre :
“Pour être parfaitement précis…”
“Je ne suis pas totalement certain, mais…”
“Il faudrait d’abord clarifier tous les paramètres avant d’avancer.”
Au deuxième degré, le comportement peut devenir du sur-contrôle. La personne critique les autres sur l’ordre, la responsabilité, la qualité, le respect des délais ou la logique. Elle peut avoir du mal à déléguer et finir par tout reprendre elle-même.
Ce que cela peut cacher
Un besoin insuffisamment nourri de reconnaissance pour le travail productif et de structuration du temps.
La personne peut avoir besoin d’entendre que son travail est utile, reconnu, bien fait, et que le cadre temporel est clair.
Antidotes
Au premier degré : soyez factuel, structuré, précis.
Dites par exemple :
“Voici les trois priorités. La première est validée. Pour la deuxième, ton analyse est utile. Nous décidons à 15h.”
Au deuxième degré : reconnaissez le travail accompli et redonnez du cadre.
Dites par exemple :
“Ton travail a permis de clarifier le sujet. La qualité est là. Maintenant, nous allons prioriser : qu’est-ce qui est indispensable, et qu’est-ce qui peut attendre ?”
Évitez de répondre au contrôle par du flou.
Évitez aussi de dire : “Arrête de tout contrôler.”
Cela risque d’augmenter encore le stress.

2. Stress Persévérant : de l’exigence à la croisade
Comment le repérer ?
Au premier degré, la personne utilise des formulations complexes, pose des questions très précises, insiste sur ce qui ne va pas ou semble attendre des autres une forme de perfection.
Au deuxième degré, elle peut partir en croisade. Elle cherche à imposer son point de vue, devient moralisatrice, critique ceux qui ne partagent pas ses convictions, se raidit autour de ce qui est juste ou injuste.
Vous pouvez entendre :
“Ce n’est pas acceptable.”
“On ne peut pas cautionner ça.”
“Si les gens étaient vraiment engagés, ils comprendraient.”
Ce que cela peut cacher
Un besoin de reconnaissance pour le travail dévoué et de reconnaissance des convictions.
La personne a besoin de sentir que son engagement, son sérieux, sa loyauté ou sa vigilance ont de la valeur.
Antidotes
Au premier degré : demandez son avis et reconnaissez la pertinence de son regard.
Dites par exemple :
“Ton point de vigilance est important. Qu’est-ce qui te semble essentiel pour rester cohérents avec nos valeurs ?”
Au deuxième degré : reconnaissez l’intention positive avant de ramener au dialogue.
Dites par exemple :
“Je vois à quel point ce sujet compte pour toi. Ton engagement est clair. J’aimerais que nous regardions comment défendre ce principe sans couper le lien avec ceux qui ne voient pas encore la chose de la même manière.”
Évitez de ridiculiser ses valeurs.
Évitez de répondre par : “Tu dramatises.”
Pour ce profil sous stress, cela confirme souvent que les autres ne prennent pas le sujet au sérieux.

3. Stress Empathique : de l’adaptation excessive aux erreurs
Comment le repérer ?
Au premier degré, la personne cherche à faire plaisir. Elle dit oui alors qu’elle pense non. Elle formule ses demandes de manière indirecte. Elle minimise ses besoins.
Vous pouvez entendre :
“Peut-être que je pourrais…”
“Ça ne vous embête pas si…”
“Je peux m’adapter, ce n’est pas grave.”
Au deuxième degré, elle peut faire des erreurs inhabituelles, oublier des éléments simples, se dévaloriser ou inviter inconsciemment la critique. Elle doute d’elle-même.
Ce que cela peut cacher
Un besoin de reconnaissance en tant que personne et un besoin sensoriel : chaleur, confort, attention, ambiance, douceur.
La personne a besoin de se sentir appréciée pour qui elle est, pas seulement pour ce qu’elle produit.
Antidotes
Au premier degré : restaurez le lien personnel.
Dites par exemple :
“Je suis content de travailler avec toi sur ce sujet. Ton implication compte. Dis-moi franchement ce qui est possible pour toi.”
Au deuxième degré : rassurez la personne avant de traiter l’erreur.
Dites par exemple :
“Tu restes une personne importante dans l’équipe. L’erreur se corrige. Prenons le temps de voir ce dont tu as besoin pour retrouver de la clarté.”
Évitez de commencer par :
“Mais comment as-tu pu faire une erreur pareille ?”
Même si la question semble logique, elle risque d’amplifier le doute et la honte.

4. Stress Imagineur : du retrait à l’attente passive
Comment le repérer ?
Au premier degré, la personne devient floue, distante, moins initiative. Elle peut sembler attendre que l’environnement décide pour elle. Elle ne dit pas forcément qu’elle est en difficulté.
Au deuxième degré, elle peut entrer dans l’attente passive : retrait prolongé, projets commencés mais non terminés, absence de décision, faible énergie visible.
Vous pouvez observer :
Ce que cela peut cacher
Un besoin de solitude positive.
Ce besoin est souvent mal compris. Il ne s’agit pas d’exclure la personne ni de l’isoler par défaut. Il s’agit de lui offrir un espace calme, protégé, sans sursollicitation, où elle peut retrouver son énergie.
Antidotes
Au premier degré : donnez une consigne claire et un espace de réflexion.
Dites par exemple :
“Prends une heure seul pour réfléchir. Ensuite, reviens avec deux options.”
Au deuxième degré : réduisez le bruit, clarifiez l’attendu, fractionnez l’action.
Dites par exemple :
“Je vais être très concret. La prochaine étape est uniquement celle-ci : lire le document et surligner les trois points clés. Tu me les envoies à 14h.”
Évitez les injonctions vagues :
“Sois plus proactif.”
“Il faut te bouger.”
“Exprime-toi davantage.”
Sous stress, cela peut renforcer le retrait.

5. Stress Énergiseur : de la confusion au blâme
Comment le repérer ?
Au premier degré, la personne ne répond pas directement, semble ne pas comprendre, dit “hein ?”, “je ne sais pas”, “je ne comprends pas”, ou invite les autres à penser à sa place.
Au deuxième degré, elle peut entrer dans le blâme. Elle se plaint, devient négative, répond “oui, mais…”, critique les circonstances, les outils, les collègues, l’entreprise.
Vous pouvez entendre :
“Oui, mais ça ne marchera jamais.”
“Ce n’est pas ma faute.”
“C’est encore à cause du système.”
“De toute façon, personne ne m’écoute.”
Ce que cela peut cacher
Un besoin de contact.
Le contact peut passer par l’interaction, le jeu, le mouvement, la variété, la stimulation. Quand ce besoin n’est pas nourri, la personne peut chercher du contact négatif par la plainte ou la provocation.
Antidotes
Au premier degré : utilisez un ton vivant, simple, interactif.
Dites par exemple :
“OK, on fait simple. Tu choisis entre option A ou option B. Laquelle te donne le plus envie ?”
Au deuxième degré : redonnez du contact positif sans entrer dans le jeu du blâme.
Dites par exemple :
“Je t’entends, tu en as marre. On va remettre de l’énergie. Donne-moi une idée, même imparfaite, pour rendre ça plus vivant.”
Évitez de répondre :
“Arrête de te plaindre.”
Cela risque de nourrir exactement le contact négatif que vous voulez éviter.

6. Stress Promoteur : de l’autonomie dure à la manipulation
Comment le repérer ?
Au premier degré, la personne attend des autres qu’ils se débrouillent seuls. Elle peut se montrer dure, froide, peu soutenante, comme si chacun devait prouver sa force.
Au deuxième degré, elle peut entrer dans la manipulation : contourner les règles, créer des alliances, provoquer des tensions, mettre les personnes en compétition, jouer avec les limites.
Vous pouvez observer :
Ce que cela peut cacher
Un besoin d’excitation.
Ce profil a besoin de défi, d’action, d’intensité, d’opportunité. Si l’environnement devient trop lent, trop prévisible ou trop contraignant, l’excitation peut être recherchée de manière négative.
Antidotes
Au premier degré : proposez un défi clair et orienté action.
Dites par exemple :
“Voici le challenge : obtenir une décision avant vendredi. Tu as deux marges de manœuvre : négocier le délai ou sécuriser le budget.”
Au deuxième degré : recadrez fermement sans moraliser, puis offrez une excitation positive.
Dites par exemple :
“Je stoppe ce jeu relationnel. Le cadre est celui-ci. Si tu veux du challenge, je te propose de prendre la négociation la plus difficile, avec ces règles non négociables.”
Évitez les longs discours moraux.
Soyez bref, clair, solide.

Quand une interaction se tend, posez-vous trois questions.
1. Qu’est-ce que j’observe concrètement ?
Restez sur les faits. Pas : “Il est de mauvaise foi.”
Mais :
“Il répond "oui mais" à chaque proposition.”
“Elle sur-détaille depuis dix minutes.”
“Il ne prend plus d’initiative.”
“Elle dit oui mais oublie des éléments importants.”
Le comportement observable est plus utile que l’interprétation.
2. Est-ce un signal de premier ou de deuxième degré ?
Premier degré : le comportement est bref, léger, encore réversible.
Deuxième degré : le comportement devient répétitif, relationnellement coûteux, conflictuel ou auto-saboteur.
Plus vous intervenez tôt, plus l’antidote est simple.
3. Quel besoin psychologique pourrait être non nourri ?
Ne cherchez pas à avoir raison. Faites une hypothèse.
Cette personne a-t-elle besoin de structure ?
De reconnaissance ? De lien ? De solitude ? De contact ? D’excitation ? De cohérence ? De confort ?
Puis testez une réponse positive.
PCM n’est pas seulement utile pour comprendre les autres. Il est aussi précieux pour se repérer soi-même.
Quels sont vos signaux faibles ?
Quand vous êtes stressé, avez-vous tendance à :
Ces comportements ne sont pas des défauts moraux.
Ce sont des indicateurs.
Ils signalent que quelque chose en vous a besoin d’être rechargé autrement.
La vraie question devient alors :
De quoi ai-je besoin pour retrouver ma disponibilité relationnelle ?
Peut-être de structure.
Peut-être de reconnaissance.
Peut-être d’un moment calme.
Peut-être d’un lien chaleureux.
Peut-être de contact.
Peut-être d’un défi stimulant.
Peut-être d’un espace pour exprimer une émotion saine.
Dans les équipes, les comportements sous stress sont souvent pris en compte trop tard.
Pourtant, le stress envoie souvent des signaux bien avant que la situation n’aille trop loin.
Et plus nous apprenons à reconnaître ces signaux tôt, plus nous pouvons agir avec justesse : désamorcer les tensions, restaurer le dialogue, clarifier les besoins et renforcer la coopération.
C’est tout l’enjeu d’une communication plus consciente : ne pas seulement réagir quand la relation est déjà abîmée, mais intervenir plus tôt, avec les bons repères et les bons outils.
Si vous souhaitez mieux reconnaître les comportements sous stress, désamorcer les tensions et renforcer la communication au sein de vos équipes, je vous invite à participer à mon workshop inter-entreprises consacré à ce sujet, organisé tous les deux mois à Belval.
Vous pouvez également demander une session dédiée pour vous-même, votre équipe ou des sessions de coaching ou formation pour vous même à distance ou dans vos locaux.
Contactez-moi et parlons de votre situation spécifique. Ensemble, nous pourrons identifier ce qui se joue réellement dans votre situation— et ce qui peut être mis en place pour résoudre votre problématique.
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